Publié le 1 septembre 2018
Par Estelle Gentilleau | 0 Commentaires
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« Je n’ai pas une belle voix » ou le syndrome de l’imposteur

Episode 1

Pendant quinze ans, j’ai été animatrice radio. Lorsque je me suis lancée en politique, en 2014, faire des discours, prendre la parole en Conseil Municipal- face à un ancien Premier Ministre, ce n’est pas rien en terme de stress- sur le terrain ou pendant les campagnes électorales n’a jamais été un obstacle. J’ai eu le trac, bien sûr, mais jamais peur. Autour de moi, ceux et celles qui appréhendent ces exercices, ceux et celles qui sont venus me demander conseil ou de les accompagner ont souvent une même réaction : « Oui, mais toi, tu as une belle voix ». Les invités que je recevais dans mes émissions à RadioFrance avaient, eux aussi, souvent ce commentaire : « Je n’ai pas une belle voix… ».

Notre voix est un médium, un canal, un outil qui porte notre message.

Se focaliser sur le son de sa voix, s’inquiéter de ce qu’elle soit agréable ou non, trahit notre appréhension d’avoir à exprimer notre pensée. Nous nous rassurons en stigmatisant ce que nous maîtrisons le mieux-la forme- pour évacuer notre peur de ne pas maîtriser le fond-notre message, de donner une image faussée de soi.

Ce que j’ai appris dans les studios de radio n’est pas tant à utiliser ma voix qu’à savoir à qui je parle, pourquoi je lui parle et quel message j’ai à lui donner.

Chaque media a une cible, un ton, une ligne éditoriale et une audience. Plusieurs fois par an, les sondages Médiamétrie indiquent aux radios et aux télés qui les écoute et les regarde. Chaque chaîne de se pencher alors sur ces indicateurs : le genre, l’âge, le lieu de vie, la Catégorie Socio-Professionnelle… Vous ne parlez pas à votre boulangère comme à votre supérieur hiérarchique, pas à votre administré comme à votre enfant (mieux vaut d’ailleurs éviter). Dans chacune de ces situations, vous incarnez une facette différente de votre personnalité et vous adaptez votre discours, votre ton, votre message.

Tordre le bras au syndrome de l’imposteur

Prendre la parole en public relève des mêmes ressorts de pensée. A qui je m’adresse ? Qu’ai-je à lui transmettre ? De quoi dois-je le convaincre ? Répondre à ces questions, c’est se donner une structure sur laquelle se reposer, l’architecture autour de laquelle viennent se greffer les différentes dimensions verbales et non verbales de notre message.

Cet exercice donne les clés pour convaincre son audience, quelque soit la situation. Plus encore, mené de façon approfondie sur les représentations que l’on a de soi, il permet de tordre le bras au « Syndrome de l’imposteur » ; ce sentiment qui vous étreint quand le rouge du micro s’allume et qui vous siffle : « Mais qu’est-ce que je fais là ?… »

Traduire plutôt que trahir

Il serait illusoire de penser qu’un accompagnement à la prise de parole en public puisse se résumer à des « trucs » pour parler devant un micro, des exercices de respiration pour vaincre son stress ou qu’une bonne préparation media consiste à jouer à « Cash Investigation ».

La confiance en sa voix n’appairait pas, par magie, en une demi-journée. Elle s’inscrit dans la durée. La polyphonie du mot voix n’est pas anodine; trouver sa voix/voie, c’est sculpter son image. Le stress de porter une parole publique nous trahit. Ce que nous cherchons, avec celles et ceux qui me font confiance pour les accompagner, c’est à traduire l’élu(e), l’entrepreneur(e), le dirigeant, le leader qui est en soi. Et c’est en cela que les acquis de nos collaborations sont pérennes. Il faut savoir se donner du temps, il faut savoir investir sur soi.

Estelle Gentilleau

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