Publié le 11 septembre 2018
Par Estelle Gentilleau | 0 Commentaires
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 Sortir de l’autoroute (de l’info)

Pourquoi prendre le temps de lire fera de vous un leader plus convaincant.

« Bloquer du temps dans l’agenda de la sénatrice pour qu’elle lise ? Mais on n’a déjà pas le temps de tout faire !… » . Comme ce jeune collaborateur d’élue est représentatif de cette anxiété du « temps efficace » qui ronge les leaders, politiques comme entrepreneurs. Comme il semble loin le temps où « avoir de la culture » forçait l’admiration. Il faut « faire », s’opposer aux « sachants », montrer que l’on est dans la vraie vie, le quotidien des gens. 

Pourtant, qu’il est nécessaire ce temps de respiration. 

Oui, diriger, c’est faire. Gouverner, c’est agir, arbitrer, prendre des décisions, faire des réunions, changer les choses. Il faut aller vite, droit vers son but : être efficace. Prendre l’autoroute, quelle soit de l’information ou du succès, peu importe pourvu qu’on sache où l’on va et que le plan se déroule sans accro.

Si nous prenions le temps de sortir de l’autoroute ? De se souvenir que Barack Obama lit Jonathan Franzen, que François Mitterrand emmenait- pour le meilleur et pour le pire- Sagan dans les bagages de ses visites officielles, que Pompidou citait Eluard pour anoblir le propos de conférences de presse mortifères. 

Lire n’a rien d’une perte de temps et ne vous empêchera pas d’arriver à destination. Vous aurez peut-être même des idées en plus et une créativité lexacerbée. Lire un peu plus souvent la presse ? Oui, cela est nécessaire pour donner un contexte à vos décisions. Lire des essais ou des témoignages sur le sujet qui vous occupe ? Bien sûr, vous prendrez de la hauteur et vous élargirez votre angle de vue opérationnel. Lire des romans ? Vous rechignez. Est-ce bien utile ? 

La littérature aide à lire le monde, incite à le comprendre, légitime à le changer.

Lire des romans, de la littérature dite « générale », c’est faire ce fameux « pas de côté ». La littérature est un art ; les auteurs des alchimistes de la réalité. Un roman, c’est une immersion dans un cortex, un sytème de pensée qui conçoit sa propre architecture, tisse en toute subjectivité les rapports des causes et des effets, cherche l’invisible et le donne à voir. Un roman, c’est une « personnalité inspirante » mais en papier, en quelque sorte.

Vous doutez encore, vous cherchez l’argument utile (utilitaire ?). En quoi la lecture d’un roman de Chantal Thomas, d’un James Salter, d’un John Le Carré ou même de la biographie de Michel Legrand vous est-elle utile pour être un meilleur dirigeant ? Vous vous plongez dans un autre système de pensée, éloigné des schèmes habituels. Toutes les subtilités narratives, les changements de point de vue, les constructions complexes sont autant de leviers à la construction de votre pensée. Vous considérerez alors un jour qu’à l’efficacité, vous préférez l’efficience- votre vocabulaire aura gagné en richesse et en subtilité, au passage. Le pas de côté, vous aurez alors commencé à le faire, vous saurez envisager une problématique sous un jour différent. C’est à cela qu’on reconnait les leaders.

La démarche va pourtant plus loin- et ces considérations techniques ne sauraient contrarier ma fibre littéraire. Que vous soyez manager, directeur ou politique, on attend de vous de la « vista », n’est-ce pas ? Une vision particulière, la dimension qui entrainera avec vous vos électeurs, vos services, vos employés.

Quelle histoire leur racontez-vous ? Vous le savez, si vous vous contentez de commenter des présentations faites de plans et de chiffres, vous n’arrivez pas toujours à convaincre votre auditoire cet pourtant, vous savez que l’idée est bonne. Présenteriez-vous ce projet de la même façon à la personne qui partage votre vie ou à vos amis ? Vous parleriez sans doute d’un « super » projet, d’une « idée formidable ». Vous y mettriez de l’émotion et de l’enthousiasme. Vous raconteriez une histoire.

C’est cela qu’offre la lecture : la capacité à raconter des histoires. Rien à voir avec des mensonges, la littérature nous apprend à capter le public, à créer de l’empathie. C’est cela qui engendre la conviction. Des deux côtés du micro. 

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